Un service public SSR fort a tout son sens à l’heure des « fake news »

RFI (Radio France Internationale), 6 mars 2026

Je suis intervenu ce midi dans le journal RFI midi de Radio France Internationale afin d’expliquer les conséquences de l’initiative anti-SSR en votation ce dimanche 8 mars en Suisse: réduction de 50% du budget du service public audiovisuel suisse, centralisation de la production à Zurich, disparition de nombreuses émissions (dont notamment la diffusion du sport et des programmes de divertissement), fermeture de nos rédactions dans les différents cantons, conséquences humaines avec 2400 postes menacés à la SSR.

Ce fut l’occasion de défendre un service public fort qui appartient à toute la population et donne la parole à tous les points de vue. Et de rappeler que le service public stimule la consommation médiatique de qualité, plus que jamais nécessaire face aux fausses informations et vidéos manipulées qui inondent nos sociétés.

La Suisse est un pays qui compte quatre langues nationales et la à la différence de nos pays voisins, qui ne produisent que dans une seule langue, les médias SSR sommes appelés à livrer des journaux télévisés et radio à portée nationale produits simultanément dans les différentes régions linguistiques.

Les entreprises utilisent la SSR et l’économie en tire profit

J’ai aussi un garagiste. Dans l’atelier, les mécaniciens écoutent la radio pendant qu’ils sont à l’œuvre. La dernière fois qu’un peintre est venu à la maison, la radio l’a accompagné à longueur de journée. Idem dans des open-space, dans de nombreux magasins et dans les véhicules pro. La restauration et les bars proposent le direct de télévision RTS lors des rendez-vous sportifs, attirant toute une clientèle venant visionner et prendre un verre. L’argument de l’initiative à 200 francs selon lequel les entreprises ne consomment pas la SSR n’est de loin pas généralisable, ni correct.

L’économie d’un pays se porte toujours mieux en présence de stabilité démocratique: un service public fort comme la SSR, non assujetti à des intérêts privés, y contribue. Les entreprises bénéficient de la promotion internationale de la Suisse via la fiction, le sport (images RTS du Tour de Romandie relayées dans 140 pays et montrant nos paysages à plus de 20 millions de personnes), les documentaires ou l’information lorsque nous relayons leurs innovations et performances: ce n’est pas pour rien si elles se démènent afin que nos journalistes assistent à leur conférence de presse. Sans oublier les PME suisses qui sont nos prestataires: 1 emploi à la SSR génère 1 emploi en plus sur le marché, selon le rapport BAK.

Les personnes morales sont aussi importantes que les personnes physiques dans notre fiscalité, pour faire tourner le pays. Aucun patron ne paye 2×, car il s’agit de personnes différentes. L’argument de l’USAM selon lequel les employés paient déjà la redevance à titre privé interpelle: selon cette logique, les entreprises ne devraient pas s’équiper de téléphone sous prétexte que leur personnel peut utiliser ses smartphones privés… Ou elles n’auraient pas à s’abonner aux journaux car les employés peuvent y accéder en ligne avec leur login privé… Bref. Si les entreprises contribuent à côté des familles suisses à la défense nationale sans avoir un soldat posté devant leur porte, aux assurances sociales, aux infrastructures, à la formation, à la recherche, à la santé ou à l’environnement, on peut se demander pourquoi elles en seraient totalement exemptées avec le service public médiatique qui leur rapporte tout ce qui est énuméré ci-dessus.

Certains patrons reconnaissent la valeur de la SSR et assument l’utilisation effective par les entreprises, comme le montre ce sujet du 19h30 donnant la parole à deux visions opposées.

Pour contrer l’initiative, qui va trop loin, le Conseil fédéral a décidé que les foyers verront leur facture baisser à 300 francs et que ne seront assujetties que les sociétés dont le chiffre d’affaires dépasse 1,2 millions de francs, ainsi 80% des entreprises suisses seront exonérées de redevance, sans besoin de l’initiative.

L’initiative menace les bureaux régionaux RTS et souhaite infliger une orientation politique à la SSR

TeleBielingue, 30 janvier 2026

Une redevance à 200 francs condamnerait les bureaux cantonaux RTS, qui aident la population des régions à être considérée dans les décisions politiques. Cette douzaine de bureaux en Suisse romande relayent au niveau national les revendications de la population sur des préoccupations du quotidien, comme les infrastructures ou les transports. Je l’ai expliqué au journal de TeleBielingue depuis la rédaction de la RTS à Moutier, où est basée une partie de la rédaction de RTS Jura Région. Cette équipe propose chaque année quelque 400 sujets et interventions pour la télévision (dont la très apprécieé émission Couleurs locales), auxquels il faut encore ajouter tous les sujets radio. Une visibilité importante pour ce territoire et les personnes qui y vivent. Ce bureau couvre un territoire s’étendant jusqu’à Bâle si nécessaire, comme l’an dernier lorsque la cité rhénane a été au centre de l’actualité avec le concours de l’Eurovision. Les bureaux régionaux RTS comptent une soixantaine de personnes au total et mutualisent leurs ressources en s’entraidant: la rédaction jurassienne est récemment intervenue en renfort des collègues valaisans lors du drame de Crans-Montana et précédemment lors de la catastrophe de Blatten, de même qu’elle l’avait fait avec les collègues neuchâtelois lorsque La Chaux-de-Fonds a été impactée par la tempête..

J’ai aussi rappelé que les médias de la SSR sommes les plus neutres du pays, selon la seule étude universitaire en la matière. Certains tentent de faire croire que nous souffrons d’un biais politique, car dans le fond ils estiment que nos programmes ne sont pas assez politisés en leur faveur. Je le constate ici avec effarement: au micro de nos confrères, les partisans de l’initiative sont en train de reconnaître ouvertement des objectifs de pression idéologique sur le service publique. Or, la SSR doit pouvoir rester à l’abri de toute pression politique.