La SSR fait face aux défis de son temps

Bon pour la tête, 11 juillet 2025

Dans ce droit de réponse, je réplique au billet de Guy Mettan (ancien journaliste devenu membre de l’UDC) publié quelques jours avant sur le même site.


La SSR fait face aux défis de son temps

Bon pour la tête a publié un texte de Guy Mettan véhiculant de fausses informations au sujet de la SSR et de la RTS, dont nous rectifions ici quelques passages.

Non, la vente de la tour RTS de Genève ne servira pas à payer le nouveau bâtiment de Lausanne-Ecublens, qui est déjà financé par la vente des immeubles qu’il remplace (comme prévu il y a plusieurs années dans le plan de financement et avant que ne se présente maintenant l’opportunité d’offrir à la tour un avenir autour d’un projet d’utilité publique). Car le site de Lausanne-Ecublens prend la relève de quatre immeubles de production: maison de la radio de La Sallaz, bâtiments de l’actualité et des sports à Genève, garage des cars-régie à Meyrin. Cette solution compacte et efficiente nous permet de réduire nos surfaces d’au moins 35% (hors vente de la tour) et nos charges d’exploitation d’autant. Ceci dégagera des économies importantes dans les bâtiments, plutôt que de couper davantage dans le programme.

Tout cela n’aurait jamais pu être rassemblé à la tour, dont les studios sont obsolètes (et où il n’y a pas de place pour les camions), ni à La Sallaz, qu’il aurait fallu rénover à grands frais (en plus de trouver un immeuble provisoire le temps des travaux, l’équiper et assumer un déménagement supplémentaire). Construire à neuf était la solution la plus intelligente.

Le nouveau bâtiment de Lausanne-Ecublens a été conçu pour accélérer la transformation digitale indispensable du média de service public. Il est à 90% dévolu à la production audiovisuelle (ce n’est de loin pas le cas de la tour). Parallèlement, nous continuerons d’être présents sur le site de Genève, en louant les surfaces nécessaires.

Dans quelques mois, la RTS regroupera des activités dans un lieu géographiquement mieux centré, au cœur de la Suisse romande et d’un hub ferroviaire national (Lausanne et Renens), s’installant dans un prestigieux cluster d’innovation et formation constitué par l’EPFL et l’UNIL, avec des édifices emblématiques comme le Rolex Learning Center ou le SwissTech Convention Center: une part importante de la relève du pays et des rendez-vous économiques côtoiera chaque jour les installations romandes de la SSR! Nous concevons que cet atout ne plaise pas à tout le monde. Ce voisinage avec le monde académique sera très positif pour la qualité de l’information en Suisse et donc l’avenir de notre démocratie.

Quant aux revenus de la SSR, donnée que Guy Mettan nous reproche de cacher, elle est publique, facilement trouvable par tout journaliste, notamment sur le site internet de la SSR et dans son rapport de gestion envoyé chaque année aux médias.

Concernant la radio, elle continue de vivre et d’évoluer, comme elle le fait depuis un siècle! Sa diffusion est passée au DAB+ car la Confédération et l’ensemble des radios publiques et privées l’ont décidé il y a des années pour remplacer une bande FM obsolète et énergivore, dont la suppression permet à la SSR d’économiser 15 millions de francs par année (les radios privées, qui ont moins d’émetteurs et de frais, feront la bascule l’an prochain). L’utilisation en numérique dépasse déjà nettement les 80%, que ce soit à la maison, en déplacement ou au travail. Chaque année, un quart de million de nouvelles voitures équipées arrivent sur le marché suisse: le renouvellement naturel du parc va compléter la transition au DAB+ (à quoi s’ajoute l’option d’écoute via l’app Play RTS en connectant le téléphone). Il en fut de même avec le passage de la télévision en noir et blanc à celle en couleur ou du format 4/3 au 16/9: l’histoire est parsemée d’évolutions technologiques qui ont initialement demandé une adaptation avant de devenir une évidence.

Les poches de la SSR ne sont pas profondes et ne peuvent pas amortir les chocs. Son budget coupé de 17% par le Conseil fédéral (pour diminuer la redevance à 300 francs), par la baisse des revenus de la publicité et par l’évolution du coût de la vie, la SSR se réforme profondément, réduit ses effectifs, adapte ses programmes et vend ses tours de Berne et Genève. Oui, la SSR démontre qu’elle sait se remettre en question et faire face aux défis de son temps.

Marco Ferrara, porte-parole de la RTS

Le public de la RTS suit la transition vers le DAB+

GHI, 30 avril 2025

Après que GHI ait consacré le 16 avril dernier une page à un article d’opinion d’un journaliste critiquant indûment et vertement la SSR pour la transition de la diffusion radio de la FM au DAB+ (avec des mots particulièrement acerbes: « décision scélérate », « mesure mortifère », responsables doivent être « sanctionnés avec sévérité », « virer la bande de modernistes » et encore « virer les technocrates »), j’ai sollicité au journal un droit de réponse au nom de la SSR et de la RTS. Notre prise de position a été retouchée par le journal et publiée en version raccourcie dans un encadré en bas de page. La version complète est ci-après.


Le public de la RTS suit la transition vers le DAB+

Nous comprenons l’attachement de Pascal Décaillet à la FM, une technique qui a marqué l’histoire de la radio. Cependant, il est important de clarifier que la décision de quitter ces vieilles ondes pour ne garder que le DAB+ a été prise par la Confédération et toutes les radios suisses (publiques et privées), il y a plus de 10 ans, pour remplacer une infrastructure obsolète et énergivore. La SSR s’est conformée aux délais prévus, ouvrant la voie aux radios privées qui sont plus vulnérables aux audiences en raison de leur dépendance à la publicité.

La RTS a conservé 75% de son audience radio immédiatement après le passage complet au DAB+, un score au-dessus des prévisions qui prouve l’attachement du public à nos programmes et son acceptation de l’évolution technologique. A terme, les audiences vont remonter, comme en Norvège. Car dès la fin de l’année prochaine, plus aucune radio suisse ne diffusera en FM (pas même les privées). Et les pays voisins vont suivre le même chemin. S’équiper tout de suite en DAB+ en vaut donc la peine.

L’utilisation de la radio en numérique dépasse nettement les 80%, que ce soit à la maison, en déplacement ou au travail. Chaque année, un quart de million de nouvelles voitures équipées arrivent sur le marché suisse. Le renouvellement naturel du parc va compléter l’œuvre, comme ce fut le cas il y a quelques années dans de nombreux pays lors du passage de la télévision hertzienne à la télévision numérique terrestre, qui avait requis de coupler un boîtier adaptateur aux téléviseurs existants et d’avoir deux télécommandes, le temps que les foyers renouvellent leurs écrans. Il en fut de même avec le passage de la télévision en noir et blanc à celle en couleur ou du format 4/3 au 16/9. L’histoire est parsemée d’évolutions technologiques.

Même à l’ère de l’internet, le DAB+ est un réseau nécessaire car sa transmission se fait par ondes et n’a besoin d’aucun abonnement: c’est un gage de sécurité pour le pays et la population.

Avec les baisses successives de la redevance, le financement de la SSR diminue depuis des années, ce qui oblige à réaliser d’importantes économies. Or les vieilles antennes FM coûtaient à la SSR pas moins de 15 millions de francs par an (aucune radio privée ne supportait une telle charge, le service public ayant le plus grand nombre d’émetteurs). Était-il judicieux de prolonger un vieux réseau voué à disparaître et qui faisait doublon avec l’actuelle technologie? Nous avons préféré destiner l’argent aux émissions et aux emplois qualifiés.

Enfin, pour rassurer notre ancien collègue, la revue de presse alémanique existe toujours le dimanche dans le Journal de 12h30 de RTS Première et reste un élément d’information et de cohésion que seul le service public SSR prend en charge. S’il ne veut vraiment pas se procurer un adaptateur pour sa voiture ou une radio DAB+, il peut facilement l’écouter avec l’application Play RTS.

Marco Ferrara, porte-parole de la RTS

La redevance, un financement essentiel pour le service public

Tribune de Genève, 26 février 2025

Dans cette tribune signée en tant que porte-parole de la RTS, je réponds à un courrier de lecteur publié deux jours avant par une personne ne comprenant pas le rôle du service public SSR incarné par la RTS. Le texte publié est ci-dessous.


La redevance, un financement essentiel pour le service public

Il est crucial de comprendre le rôle de la redevance Serafe dans le maintien d’un service public audiovisuel de qualité en Suisse. Contrairement au discours de la lettre de lecteur publiée lundi 24 février, elle n’est pas un prélèvement pour financer des médias «inefficaces», mais une contribution assurant la diversité et l’accessibilité de l’information pour toute la population, qui dans une démocratie est appelée à prendre des décisions.

La Suisse, avec ses quatre régions linguistiques, ne pourrait pas offrir une programmation aussi complète sans le service public. La SSR (à laquelle appartient la RTS) produit des contenus en quatre langues, garantissant une couverture généraliste équitable dans tout le pays, racontant la Suisse d’aujourd’hui, y compris pour les minorités linguistiques. La publicité ne représente que 15% du budget de la SSR et ne pourrait jamais la financer dans sa totalité. Le marché publicitaire suisse n’a pas la taille suffisante. A cela s’ajoute que le service public n’est pas autorisé à commercialiser de la publicité sur ses chaînes radio ni sur le digital, alors même que les médias suisses subissent la concurrence des médias étrangers diffusant de la publicité suisse.

Le service public est soumis à un cahier des charges exigeant: par exemple, 50% du budget est consacré à l’information. Dans ce contexte, la redevance évite que les montants alloués soient discutés chaque année avec le budget de la Confédération. Le mécanisme préserve l’autonomie éditoriale et la stabilité des médias publics.

La redevance est un système solidaire: tout le monde paie un forfait et chacun peut accéder à l’ensemble des contenus, comme pour les prestations d’autres services publics financés via l’impôt (écoles, défense, routes, etc.) Ainsi même les programmes faisant moins d’audience, mais culturellement ou socialement importants, peuvent exister. C’est le service public.

Enfin, la RTS et la SSR jouent un rôle crucial dans la cohésion sociale et la démocratie suisse, avec des débats équilibrés, une information indépendante et une offre permettant à la population de mieux connaître son pays. La confiance du public dans la RTS, qui atteint 73%, témoigne de l’importance et de la qualité de ce service.

Remettre en question le financement du service public sans comprendre son articulation et ses bénéfices risque de fragiliser un pilier essentiel de notre démocratie.

Marco Ferrara, porte-parole de la RTS