Conformité de la mise en location de deux étages de la tour RTS à Genève

Tribune de Genève, 22 juillet 2023

Dans cette intervention en tant que porte-parole de la RTS, j’explique que la mise en location de deux étages de notre tour à Genève est conforme au contrat avec l’Etat de Genève (droit de superficie du terrain sur lequel est construite la tour RTS), qui nous autorise à louer sans restriction sur la nature du locataire, tant que cela reste des bureaux. Nous ne pourrions pas y accepter des activités d’atelier ou de salle de sport, par exemple.

L’inspiration dans la pub, une forme de reconnaissance

A la création d’un spot publicitaire, le choix de la musique est presque tout aussi important que l’image pour capter l’attention du public. Sélectionner un morceau connu a un impact sur le budget de campagne, mais peut se révéler un excellent investissement, par exemple si l’on fait coïncider le public-cible de l’opération avec la catégorie de personnes susceptibles d’être intéressées par le style musical ou l’artiste.

Ceci explique qu’un même morceau puisse se retrouver dans plusieurs publicités de marques concurrentes, de manière fortuite ou en raison d’un effet d’inspiration. Intemporelle et indémodable, la musique classique se prête particulièrement bien à ce type de situations.

C’est ainsi que l’excellente Symphonie no 9 Du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák a été mobilisée et remixée entre 1982 et 1985 pour la campagne « Renault 18, Profession automobile », dans un film publicitaire signé du réalisateur Sergio Leone (et qui d’ailleurs est une œuvre d’art en soi, spectaculaire).

Vingt ans plus tard, en 2002-2003, c’est la firme Audi qui fait la promotion de son modèle A4 en utilisant la même base musicale que Renault.

Puis une nouvelle vingtaine d’années s’écoule jusqu’à ce que Citroën en reprenne un remix en 2021 pour sa filiale DS Autombiles dans la campagne publicitaire de la DS4.

Dvořák n’imaginait certainement pas que son œuvre composée en 1893 deviendrait si populaire et que 130 ans après elle serait toujours d’actualité dans le répertoire. D’autres marques l’ont mise à profit, notamment Lipton. Et côté artistique, une célèbre déclinaison a été proposée par Serge Gainsbourg.

Enfin, pour ajouter un détail curieux à notre petite saga sur la musique dans la pub automobile, un visuel d’une version ultérieure de l’Audi A4 affichera aussi une certaine ressemblance avec le concept de la campagne Renault 18 des années 80.

Que l’une de vos campagnes serve d’inspiration ne doit pas nécessairement être vécu comme un plagiat. Cela arrive aussi dans la communication du secteur public et c’est une forme de reconnaissance.

De l’usage de la tension en politique, jusqu’à sa limite

Les couche-tard européens auront éteint leur téléviseur cette nuit sur un coup de stupéfaction après avoir assisté à la conférence de presse de Donald Trump diffusée depuis la Maison Blanche. Pendant 17 minutes et sans accepter de questions des journalistes présents, le président américain y a martelé que les suffrages arrivant par correspondance en Pennsylvanie sont illégaux, qu’il y a fraude, que l’élection est truquée et qu’il l’a gagnée si on considère seulement les votes qu’il appelle « légaux ».

Face à un flux d’affabulations, les chaînes de télévision américaines ont coupé cette intervention en direct pour rectifier le président. Le présentateur de la NBC a souligné le caractère inédit de cette interruption. Sur notre continent, le journaliste d’Euronews a également averti durant sa traduction que les propos du mandataire américain étaient faux et que les suffrages postés jusqu’au jour de l’élection étaient valables.

Par cet exercice, Donald Trump a probablement atteint une nouvelle limite dans sa pratique effrénée de la tension politique. Cet outil est mobilisé de manière naturelle dans les campagnes, y compris sous nos latitudes. La tension perdure même au cours des mandats électifs, entre majorité et opposition, souvent activée par cette dernière dans la pratique de la contradiction. Marquant l’antagonisme, elle permet d’affirmer sa position et de relever le contraste entre deux options. Ceci a pour but de maintenir le nerf de la mobilisation des bases.

Questionné sur la polarisation de son échiquier politique entre gauche et droite, l’ancien premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero avait reconnu aux portes de sa réélection en 2008 qu’une dose de tension était nécessaire. Pourtant, rien ne rapproche ce modéré européen de l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Au cours de cette présidentielle américaine, la campagne de Trump se savait menacée par une forte mobilisation électorale à son encontre, qui devait profiter au camp démocrate. Pour tordre le cou aux sondages, le président sortant devait galvaniser ses bases afin de porter le muscle au maximum de son effort. Perméable à son discours à la fois simple et contestataire depuis le pouvoir (une habileté jusqu’ici essentiellement remarquée chez Fidel Castro), l’électorat de Donald Trump a acquis toutes ses thèses au sujet d’une conspiration orchestrée. Il a été facilement modelé par une tension portée à son extrême et par la polarisation entre le « je » de Trump et ce « ils » flou si caractéristique des propos infondés: I won the election, they are trying to steal it.

Alors qu’il ne lui reste peut-être que quelques jours de bail, le président tire ses dernières cartouches en portant cette stratégie à son paroxysme, tombant dans le mensonge. Ce n’est pas un mal typiquement américain. En 2004, le gouvernement espagnol de José María Aznar avait désespérément tenté de sauver la mise de son dauphin en campagne en affirmant que les attentats de Madrid étaient l’œuvre des terroristes basques de l’ETA, niant ainsi que la signature soit celle du terrorisme islamiste en réponse à la participation à la guerre d’Irak. La tension avait été portée au-delà de sa limite acceptable: trop évident, le mensonge n’a pas fait mouche. Trois jours après, l’opposant Zapatero gagnait les élections.